Blessé

Triste nouvelle

Le 14 mars, Joannès est blessé ; ses camarades de combats écrivent aux parents Prudhomme pour les en informer.

« Le 15 mars 1915

Monsieur et Madame

C’est avec beaucoup de regret que je vous écrit ces quelques lignes, mes votre fils nous la recommander hier avant de nous quitter de vouloir bien vous informer de ces blessures. Il vient d’être toucher aux deux bras mes sans mettre sa vie en danger. Il en a assez pour pouvoir ne pas vous écrire de longtemp.

Il a la main gauche couper au poignet et la droite, la chair de l’avant bras emporter. Mes pour celle-ci, je croit la guérisons. Une autre petite blessure a l’estomac, mes sans importance. Il sans sauvera facilement car il a eut un courage comme il y en a guerre malgrés ses blessures et supportera facilement l’opération qu’il devra subir.

Il a été blesser par un obus dans une grange au moment ou l’on croyait prendre un peut de repos. Malheureusement, il n’était pas seul. Sa section y a passer en grand nombre par le même obus : il a eut 17 blessés et une dizaine de mort. Ne soyez donc pas inquiet jusque vous ayez de ses nouvelles, aussitôt qu’il le pourra, il nous l’a dit.

L’Alsace nous est pas favorable : depuis le 20 février que nous y sommes, le 62 perd des hommes par centaines et nos souffrances sont terrible.

Ses camarades de Faverges qu’il le regrette beaucoup,

                                                Falcy, Périllat, Guigon,

                                                62è B.  10è Compagnie »


Le même jour, Mlle de Joannis, l’infirmière-Major de l’hôpital situé dans l’hôtel Beau-Rivage écrit à Monsieur Prudhomme :

« Hôpital Beau Rivage

Gérardmer (Vosges)

le 15 mars 1915

Monsieur,

Votre fils vient d’être amené ici ayant été blessé hier au bras et à la main par des éclats d’obus. Il est très fatigué au transport et son pansement ayant été fait ce matin, nous n’avons pas encore vu ses plaies.

Aussi je ne peux pas vous dire si le major considère son état très grave. Il est certainement faible mais j’espère qu’avec sa forte constitution il reprendra le dessus.

Je vous écrirai demain pour vous dire comment il est, mais je veux vite vous envoyer ceci aujourd’hui comme je le lui ai promis.

Vous pouvez être assuré que le médecin chef fera tout ce qu’il pourra pour votre enfant et que nous l’entourons de notre mieux.

Croyez, Monsieur, à mes meilleurs sentiments.

                                                            Mlle de Joannis

                                                            Infirmière Major. »

Sur le départ

A peine reçu cette terrible nouvelle, Mme Prudhomme décide de se rendre auprès deJoannès. Le mercredi 17 mars, elle prend le train à Faverges pour Annecy où elle doit obtenir les autorisations nécessires.

« Midi

Bien chers tous

Me voilà après des démarches sur mon départ, c’est à dire par le train partant de Faverges.

2 heures.

En arrivant, je suis allé de suite chez Verjus qui s’est mis de suite à ma disposition avec beaucoup de gentillesse. Inutile de vous dire que toutes les portes s’ouvre devant lui avec beaucoup de bonne grâce. Nous sommes allé d’abord à la préfecture, ce n’était pas leur compétence. On nous  envoie au commandant de la place et avec mille politesses nous envoie à la mairie à un bureau spécial.

Là, il a fallu ma photographie. Vite, j’ai fait faire un instantané et j’ai du revenir avec pour la faire fiché sur le laissez-passer. Encore n’ont-il eu droit que juste à Is-sur-Tille. De là, j’ai affaire sur place à l’autorité militaire de la zone militaire. Mais avec la dépêche, on m’assure que je passerais.

Enfin voilà ma matinée bien remplie. J’en ai fait des pas. Au revoir et aussitôt arrivé, je vous télégraphierai.

          Au revoir à tous et mille baisers                            F. P. »


 

Le lendemain, jeudi, elle arrive à Is-sur-Tille en Côte d’Or.

18 mars : « Is sur Tille à 11 heures - Jeudi

Ma chère Jeanne,

Me voici enfin à Is sur Tille. Depuis hier 3 h 1/2 et une nuit entière en chemin de fer, c’est long. Comme je vous l’avais dit, je n’avais mes papiers que jusque Is sur Tille. Mais grâce à ma dépêche, je n’ai eu aucune observation. On m’a délivré mon billet direct pour Gérarmer où je pense arriver ce soir dans la veillée. On a pas pu me dire l’heure. Aussitôt que je pourrais, je vous télégraphierai.

Mais maintenant que j’approche, je tremble...

Peut-être avez-vous reçu quelques chose. Je vous donnerez mon adresse et écrivez-moi.

Ma santé n’est pas trop mal, que un peu de fatigue.

Mille baisers pour tous. »

A l'hôpital

L'hôtel Beau-Rivage, hôpital complémentaire.

Arrivée à Gérardmer, elle s’installe à l’hôtel de la Jamagne puis rend visite à Joannès auprès duquel elle passe des journées entières. Joannès se trouve dans l’hôpital complémentaire n°31 installé dans l’hôtel Beau-Rivage. C’est un petit hôpital qui ne compte que 73 lits. L’infirmière directrice, comme la nomme Mme Prudhomme, est une femme très humaine, proche des malades et de formation très poussée. Elle s’appelle Jeanne Elisabeth Octavie de Joannis, née à Bilbao en Espagne le 7 août 1877 et décédée à Montrouge (Seine) le 28 mai 1961. Elle est une des filles du marquis Léon de Joannis, directeur de l’usine De Dietrich à Mouterhouse (Moselle), et d’Octavie De Dietrich[1]. Après avoir suivi des études d’infirmière à l’insu de ses parents, elle fonde en 1911 une école d’infirmières rue Amyot à Paris (près du Panthéon) en prévision de la guerre qui s’annonçait. Sa jeune sœur Octavie faisait partie des élèves. En 1912, elle dirige un hôpital à Casablanca. Après guerre, elle dirige l’Institut de service social de Montrouge. Sa sœur, Octavie, également infirmière, épousera en 1917 à Salonique le général Sarrail, commandant les troupes françaises en Orient.[2]

Pour ses actions pendant et après la guerre, elle reçut la Légion d’Honneur, la Croix de Guerre avec palmes et plusieurs autres distinctions françaises et étrangères.[3]

 Et Mme Prudhomme écrit à sa belle-fille, n’épargnant aucun détail.

20 mars : « Samedi  11 heures 

Ma chère Jeanne,

C’est au chevet de mon cher malade que je t’écris. Je ne le quitte pas, il est si faible que tout le temps il faut être quelqu’un près de lui. N’ayant pas de bras, que peut-il tout seul?  

Pourtant, au pansement hier soir, le médecin a trouvé sa plaie un peu moins vilaine. Si au moins on lui conservait son bras.

Le pauvre petit a bon espoir, il examine tous les jours ce qu’il pourra faire...

Pauvre enfant, mon Dieu!

Le service de l’hôpital est admirablement fait. Les pauvres infirmiers n’arête pas une minute car tous sont grièvement atteint. Le médecin très capable et l’infirmière directrice très gentille.

Je pense y rester encore quelques jours car il a trop besoin de quelqu’un près de lui.

Mille baisers à tous. »



[1] « Devenir infirmière en France, une histoire atlantique ? (1854-1938) »  par Évelyne Diebolt & Nicole Fouché.

[2] Elle repose au cimetière du Montparnasse à Paris. Renseignements Luc Rosset.

[3] Médaille d’or des Epidémies, Royal Red Cross, Ordre de Saint Sava (Serbie), Chevalier de l’Ordre de la Santé Publique, Médaille Florence Nightingale.

A Gérardmer

21 mars : « Dimanche soir  9 heures 1/2

Mes chers enfants

Je viens à l’instant de quitter mon pauvre malade. J’ai attendu qu’il soit endormi par une piqûre de morphine avant de partir, le pauvre petit soufre tellement.

Et puis, n’ayant pas de bras il faut être continuellement à côté de lui. Mon Dieu que faire. Je n’ose pas le quitter ? Il soufre, il pleure, a chaque instant il répète « Vingt deux ans et être estropié, ouh! que c’est triste ». Il n’est malheureusement pas seul. Dans sa sale, il sont encore 6 victimes du même obus, et tous bien grièvement ; mais bien sûr, le plus triste, c’est lui. Un est maintenant à l’agonie, c’est un de Tarrare, 38 ans, il a sa soeur et son père près de lui.

J’ai attendu ce soir pour écrire après le pansement qui n’a été fait que ce tantôt. La main amputé va aussi bien que possible, mais l’autre est horrible, tout le dessous du bras manque et tous les tendons coupé. Donc, c’est bien sûr que, malgré que le médecin espère lui conserver son bras puisque la plaie ne s’infecte pas, il restera estropié. C’est l’avis du médecin ; pourtant, il est très capable et se donne beaucoup de peine.

Ma chère Jeanne, que faire. Jamais je n’aurai cru avoir le courage de suporter pareille épreuve. Et le papa, comment a-t-il lui aussi suporté ce choque. Il faut tout de même s’en voir jusque au bout. Comme c’est triste à voir, ces pauvres mutilés. Et ce n’est pas fini. On évacue sur Epinal tout ceux qui peuvent suporter le trajet qui n’est d’ailleurs pas trop long : 2 heures de chemin de fer. Pourtant, il sont encore bien malades. Mais il faut de la place, il y en a 200 signalé pour demin et tous des chasseurs. Ce qu’ils écope ces pauvres diables.

Gérarmer n’est pas si sûr que ça non plus. Aujourd’hui que le temp était clair, toute la journée les taubes[1] on survolé et jettent des bombes. Je vais vous raconter mon aventure. A dix heures ce matin, je suis monté en ville pour acheter quelque bricole. En autre un tablier pour garantir un peu le devant de ma robe. J’alais rentrer dans un magasin. Me trouvant près de l’Eglise, je me suis dit « allons un moment à la messe ». Je me trouvais près de la porte quand j’entend dire « en voilà encore un ». Je regarde et il me semble quel survolait l’église. Je prend à toute hâte le chemin de retour, je pensais rentrer dans le magasin en question. A peine à 100 mètre « pan ! pan ! Pan ! », trois bombes juste où je voulais rentrer. Non, jamais en fait de frayeur je n’ai eu la pareille. Je rentre presque en face dans une allée, encore 4 bombes sur les casernes qui se trouvent derrière. Les jambes ne me portait plus. Comme conséquences, un convoi de ravitaillement passait, les mulets se sont cabré, 1 chasseur tué par une voiture. Une femme et une petite fille blessé par la bombe. Aussi, je vous assure bien que jamais plus je ne sortirai quand le temps sera clair.

Pourtant nos pauvres soldats doivent les voir de plus près.

Et chez nous, ma chère Jeanne, comment ça va? Comment le papa a-t-il suporté ce choque. Embrasse le pour nous. C’est bien de l’ennui que l’on te laisse ma chère Jeanne. Mais fait comme nous, prend ton courage a deux mains. Et Joseph, comment va-t-il. Et Paul, que fait-il. Ecris-moi, tu me feras plaisir.

Adresse moi les lettres Hôtel Beau rivage hôpital, car j’y suis tout le jour. A l’hôtel, je ne les aurai que le soir.

En attendant de vos nouvelles, recevez tous mes baisers bien affectueux.

                              F. Prudhomme »

 


 

22 mars : « Lundi soir, 9 heures

Chers enfants

Deux mots pour vous donner des nouvelles. Le pansement de ce soir s’est fait par une consultation de trois médecins et une lueur d’espoir reste pour la conservation du bras. Ce qui leur reste à craindre, c’est une hémoragie car les artères sont à nu. A part ça, la plaie suit son court normal, pas d’infection. Le caporal infirmier qui aide au pansement m’a même dit que quelque petite végétation commençait déjà et que c’était bon signe.

 Revenir sur notre malheur serait inutil puisqu’il ne nous reste plus qu’à accepter ce qui est fait.

Recevez tous mes meilleurs baisers, à demain d’autres nouvelles. »


[1] Les taubes sont à l’origine des avions militaires autrichiens à ailes et queue de pigeon. Ce terme désigne tout avion allemand.


23 mars : « Mardi 4 heures,

On vient de faire aujourd’hui le pansement de notre cher malade a été fait plutôt et je m’empresse de vous envoyer des nouvelles. Je les crois bonnes. La plaie ne s’infecte pas, le major espère, mais ce seras long.

Et pas bien vaillant pauvre garçon. Mais si vous voyez tous ces pauvres diables. Que de soufrances et de mutilations. Comme c’est triste à voir. Toute la journée il en arrive.

Pour moi, ça se maintien, je n’espérais pas autant de courage. Mais que faire?

Si je n’avais pas été auprès de notre pauvre malade, il aurait certainement encore plus soufert moralement et phisiquement. Je ne vois pas encore quand je pourrai partir.

J’espère bientôt de vos nouvelles, le temps me dure de savoir ce qui se passe à la maison.

Au revoir et mille affectueux baisers .

                   F. Prudhomme

Le major a donné une cigarette à Joannès, un infirmier lui fait fumer. »

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Commentaires

20.09 | 15:42

Bonjour,
C'est super Intéressant votre page.
je suis tombé dessus vraiment par hasard .
Il faudrait mettre les pages où vous recherchez.
Bonne journée

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29.06 | 13:09
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