Dans la mêlée des Flandres

Les 12 et 13 novembre, il envoie à ses parents les premières nouvelles du front. Il utilise encore les cartes postales achetées en nombre à Creil. Où se trouve-t-il alors, certainement en Belgique ; malheureusement  le journal de marche du 62ème bataillon de Chasseurs n'existe pas et ses lettres ne donnent aucune indication de lieu..

Toutefois, l'historique du régiment, quant à lui, donne quelques renseignements et nous pouvons dès lors comprendre la teneur de ses écrits :

"BELGIQUE et PAS-DE-CALAIS - (Du 12 Novembre 1914 au 12 Janvier 1915).

Après quelques jours de repos à Morcourt (Somme), le Bataillon, qui a reçu un nouveau renfort de 150 chasseurs, embarque le 11 Novembre à Marcelcave, à destination de la Belgique, et débarque le lendemain à Poperinghe. Il est aussitôt acheminé dans le secteur de St-Eloi, où il relève, le 13, une partie du 69e Régiment d'Infanterie.(Joannès faisait partie de ce renfort de 150 hommes qui durent rejoindre le bataillon près d'Amien)

Il perfectionne l'organisation de ce nouveau secteur, travail ingrat et pénible, dans un terrain argileux, coupé de nombreux canaux de drainage, où les tranchées sont sans cesse inondées et où les chasseurs font néanmoins preuve d'un bon moral.

Le 30 Novembre, à 6 heures du matin, le Bataillon attaque la ferme de Piccadilly. La 9e Compagnie s'élance baïonnette au canon, et franchit les 200 mètres qui la séparent des tranchées allemandes ; l'ennemi, surpris, s'enfuit, non sans laisser des prisonniers entre nos mains."

« chers parents

Enfin, nous voilà arrivé. Nous avons débarqué à 6 heures du soir. Aujourd’hui, nous sommes cantonné mais nous devons aller dans les tranchées probablement demain matin. L’on entend déjà les grosses marmites gronder sans discontinuer. Enfin, on se fait pas trop de bille.

Et vous, chers Parents, j’espère que vous êtes tous en bonne santé. Ne vous aites pas trop de bile, je vous écrirais le plus souvent que je pourrais, et vous, écrivez-moi aussi. Je ne peut pas encore vous donner mon adresse, mais sitôt que je pourrais, je vous l’enverrai.

Dites à Paul qu’il fasse ce que je lui ai dit ou à Camille Rulland.

Votre fils qui vous embrasse de tout cœur »


 

« Chers Parents,

Cette fois, voici mon adresse. Tachez de m’écrire le plus souvent possible.

La santé est toujours bonne, nous sommes sortis des tranchée hier. Sauf une violente cannonade, nous sommes pas trop mal. Aujourd’hui, avec Coeurdevey, nous sommes fait cuire une poule derrière une maison.

Vous voyez que l’on s’en fait point.

Votre fils qui vous embrasse de tout cœur,

Joannès »

Combats en Belgique

"Que ça finisse vite, bon Dieu...."

« 24 novembre, 2 heures du soir,

Bien chers Parents,

On vient d’être relevé des tranchées où nous avons passé 10 jours sous la pluie et la neige. Je m’empresse à vous donné de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé, il fait un froid terrible. Nous avons quitté la France et nous combattons aux côtés des troupes anglaise et belge. Il m’est arrivé un petit malheur, j’ai perdu mon porte monnaie, mais je m’estime encore bien heureux car j’aurais put perdre autre chose car ça chiais fort à ce moment. Envoyez-moi un peu d’argent, pas trop à la fois et recommendez la lettre. Nous avons passé 10 jours à 300 mètres à peine des Boches. Il fait pas bon levé le nez. Si vous voyez le pays, c’est une vrai désolation car tout ravagé et brûlé. On ne s’en fait pas pour cela. A l’heure où je vous écris, on fait bal à côté de moi avec une accordéon qui a par miracle échappé à la ruine. Nous avons les petites Belges qui sont réfugiées dans le village où nous sommes comme cavalière, et les obus qui éclatent pour l’accompagnement.

Il y en a qui éclatent à 300 ou 400 mètres à peine d’où nous trouvons. Et vous chers Parents, j’espère que vous êtes toujours tous en bonne santé. Et toi chère maman, je te recommande surtout de ne pas te faire de mauvais sang, ça n’avancerait à rien qu’à te rendre malade.

Ecris-moi le plus souvent possible car tu sais, devans tout ce fourbi, il y a bien des fois que ça fout le cafard. Que ça finisse vite, bon Dieu, que l’on est le bonheur de tous se retrouvé ensamble. Ca sera bien le plus beau jour de ma vie .

Je termine mon gribouillage, j’espère qu’il vous arrivera. Je vous quitte en vous embrassant de tout mon cœur.

Votre fils qui vous aime,

 Joannès.

Embrassez bien Paul et Jeanne pour moi ainsi que Joseph, il peut croire qu’il a de la chance de resté à Lyon car c’est terrible,

Adieu »


« 27 novembre, midi.

Bien chers Parents,

 J’ai reçu votre lettre, on me l’a apportée au fond de ma tranché. Innutile de vous dire le plaisir qu’elle m’a fait. Aussi, écrivez-moi souvent, le plus souvent possible. Nous sommes sortis des tranchées hier soir et nous y retournerons demain soir. Nous sommes aujourd’hui dans une petite ville comme ce serait Faverges. Seulement il n’y a plus une maison debout. Nous sommes dans les caves et si ce n’était les obus qui nous arrivent dessus, ce ne serait pas trop mal.

 Chère maman, tu me demande de quoi m’envoyer, tu me feras un paquet, tu mettra un gersey ou bien si tu peut trouver quelques chose qui soit imperméable, quelques plaques de chocolat et puis un briquet à amadou. Tu dira à Paul qu’il se le procure, il sait ce que je veux, et un flacon d’alcol de menthe. A part ça, la santé est bonne et je souhaite qu’il en soit de même pour vous tous. Tu diras à Mme Mermillod qu’elle donne le bonjour à Calixte et mon adresse pour qu’il m’écrive.

Votre fils qui vous embrasse,

Joannès »

 La ville dont il parle est peut-être Poperinghe ou plus certainement Saint Eloi.


 

« Dimanche 29, 3 heures

Chers Parents

Quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé, on a eu 2 jours de repos. Nous retournons dans les tranchées cette nuit. Je vous disais l’autre jours que j’avais perdu mon porte monnaie mais l’on a réocupé les mêmes positions et je l’ai retrouvé. Aujourd’hui les boches nous laissent un peu tranquille avec leurs marmites.

Et vous, chers Parents, je pense que vous êtes toujours en bonne santé. Ecrivez-moi souvent.

Aujourd’hui, j’ai vu François Patuel, il portait un blessé.

Embrassez Paul et Jeanne pour moi ! Donnez le bonjour chez Rulland.

Je vous quitte en vous embrassant de tout mon cœur.

Joannès »


 Le 30 Novembre, à 6 heures du matin, le Bataillon attaque la ferme de Piccadilly. La 9e Compagnie s'élance baïonnette au canon et franchit les 200 mètres qui la séparent des tranchées allemandes ; l'ennemi, surpris, s'enfuit, non sans laisser des prisonniers entre nos mains.

Mais la 10e Compagnie (celle de Joannès), prise de flanc par une mitrailleuse, ne peut se porter à sa hauteur et l'attaque est momentanément suspendue. Ces 2 Compagnies se retranchent sur les positions conquises et repoussent, dans la nuit, deux puissantes contre-attaques ennemies. Cependant, une troisième contre-attaque déclanchée par les Allemands, le 1er Décembre à 3 heures, réussit à prendre pied dans notre ligne, coupant en deux tronçons la 9e Compagnie. Deux sections d'une des Compagnies de 2e ligne tentent, mais en vain, de dégager la tranchée envahie.

Dans la nuit du 2 au 3 Décembre, la 9e Compagnie se reporte à 50 mètres en arrière et s'accroche au terrain.

Les pertes du Bataillon, dans cette affaire, ont été de 61 tués, 82 blessés, 53 disparus.


Relevé le 3 Décembre, le Bataillon est dirigé sur le Pas-de-Calais et arrive à Frevillers le 17. Il fait partie d'un groupe de Bataillons de Chasseurs, sous les ordres du Colonel Bordeaux, dépendant de la 77e D. I. (33e C. A.), et doit participer à une attaque sur Carency-la-Targette, et éventuellement Vimy. Le mauvais temps empêche cette attaque d'avoir lieu.

 

Le Bataillon séjourne à Frevillers jusqu'au 12 Janvier, date à laquelle il s'embarque pour les Vosges. Il a reçu à Frevillers un nouveau renfort de 8 Officiers et 200 hommes.

 

« le 4 décembre, 10 heures

Chers Parents,

Quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé. Ca été très dur ces jours, ça tapé fort. J’attends toujours de vos nouvelles. Voilà plus d’un mois que le suis loin et je n’ai reçu qu’une lettre. J’espère que vous êtes toujours tous en bonne santé.

Quand est-ce que sera fini tout ce fourbi.

Chamoux était avec moi, il a été évacué, il a les 2 pieds gelés.

Embrassez pour moi toute la maisonnée ; en attendant de vos nouvelles, recevez mes meilleurs baisers.

Votre fils, Joannès.

Donne le bonjour à Joseph Cagnin et à Portier. »

Note : Jean-Marie Chamoux : né le 3 janvier 1893 à Pers-Jussy, cultivateur à Reignier, soldat dans le même régiment que Joannès. Tué le 5 novembre 1916 au bois Saint Pierre Vaast.


 

"Mercredi 9 décembre,

Chère maman,

Nous voici au repos il y a 2 jours et ce n’est pas malheureux car tu sais, on commençais à en avoir assez. Aussi, j’ai put changer de liquette, elle commençait à être sale. Je n’avais pas encore eu le temps de la changer, alors, tu vois d’ici. Où l’on est, il fait un temps épouvantable. Peut-être aurons nous le bonheur de rentrer en France. Ce qui qui fait plaisir ou l’on est à présent, c’est que les canons ne nous cassent plus les oreilles. Et à la maison, je pense que tout le monde vont bien.

J’ai reçu ta lettre du 18 novembre, j’espère que vous recevez bien les miennes. J’écris le plus souvent possible. Marius Destagnol est-il venu en convalescence ? Je lui est écris l’autre jour à Pont Lévêque.

Enfin, plus grand chose à vous dire. La santé est bonne, je pense qu’il en est de même pour vous tous.

Et toi, chère maman, ne te fais pas trop de mauvais sang. Embrasse pour moi toute la maisonnée et donne le bonjour pour moi aux amis et écris moi le plus souvent possible.

Dans l’attente reçois chère maman mes meilleurs baisers.

Ton fils qui t’embrasse bien fort,

Joannès »


 

Durant les premiers mois de la guerre, la censure militaire ne semble pas très forte, on estime que seule une lettre sur cinq en moyenne était contrôlée. Les cartes postales en franchise mentionnent qu’elles ne doivent porter aucune indication de lieu ni aucun renseignement sur les opérations militaires passées ou futures sinon elles ne sont pas transmises. Les lettres quant à elles sont sous enveloppe et sont moins facilement contrôlables telles celle du 14 décembre qui mentionne plusieurs lieux (Arras, Marles les Mines, Houdain) et faits militaires (départ du 62ème BCA de la Belgique et transfert à l’arrière). A partir du printemps 1915, ce ne sera plus pareil et les cartes ne pourront plus comporter que des banalités.

« Arras le 14 décembre,

Chers Parents,

Quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé, nous avons quité la Belgique et ce n’est pas malheureux et il y a bien 10 jours que nous avons pas combattu ; mais, vous savez, le temps nous en dure pas, ce n’est pas si agréable que ça. Aussi il n’y a rien qui presse d’y retourné.

Nos sommes venus par étapes jusqu’où nous sommes à présent et ça été assez pénible car voici 7 jours que nous marchons toutes les nuits. Hier, j’ai été un peu fatigué, aussi, j’ai fait l’étape en automobile de Marles les Mines à Houdain.

J’espère que vous recevez bien mes lettres. Moi, j’attends avec impatience que le vaguemestres viennent car il y a bien 12 à 14 jours qu’on ne l’a pas vu et j’espère qu’il m’apportera quelques unes de vos lettres.

Ecrivez-moi souvent, le plus souvent possible. Et vous, chers parents, j'espère que vous êtes toujours tous en bonne santé. Ne vous faites pas trop de mauvais sang, moi, pour le moment, je ne m’en fait pas.

 Embrassez bien pour moi Jeanne et Paul et envoyez le bonjour à Joseph. Donnez aussi le bonjour chez Rulland et dites à Camille qu’il m ‘écrive un peu ainsi qu’à Joseph Cagnin.

Enfin le bonjour à tout les voisins et voisines.

Dans l’attente de vous lire, recevez , mes chers parents, mes meilleurs baisers.

Votre fils qui vous aime,

Joannès Prudhomme. »

 

Une fin d'année au repos à l'arrière.

« le 31 décembre

Bien chers parents,

J’ai reçu votre lettre le 24 décembre qui m’a bien plaisir d’apprendre que vous êtes toujours tous en bonne santé. Je vous ai écris le 25. J’espère que vous l’aurez reçu. Je n’ai pas encore reçu le dernier colis ni celui de la tante mais ça ne fait rien, j’ai encore ce qu’il me faut. Et puis, j’en ai reçu un de Joseph Entremont où il y avait 750 grammes de chocolat. Pour la santé, ça ne va pas trop mal. Je viens de passer caporal depuis aujourd’hui.

On est toujours au repos. Quand au reste, tous va bien. Je ferais une lettre plus longue demain car je n’y vois plus grand chose.

Recevez, chers parents, mes meilleurs baisers.

Votre fils qui vous aime,

Joannès »


 

Lettre à sa belle-sœur :

« Le 1er janvier 1915.

Chère Jeanne,

Je ne peus pas laisser passer le jour du nouvel ansans venir te souhaiter une bonne et heureuse année, ce qu’on peut souhaiter, c’est d’abord la fin de cette terrible guerre pour que Joseph te revienne vite et avec un gros garçon au bout de l’an.

Voilà, chère Jeanne, le souhait que je fait pour toi. Quand à moi, ça ne va pas trop mal, pour le moment, la santé est toujours bonne.

Bien des choses de ma part à Joseph quand tu lui écrira, et la maman ainsi que Paul et donne le bonjour au père et à la maman Donati.

Reçois, chère Jeanne, mes meilleurs baisers.

Ton beau-frère,

Joannès. »

"Le 11 janvier,

Quelques mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé. J’attendais pour écrire d’avoir reçu le colis, mais je ne l’ai pas encore reçu. J’ai reçu celui de tante Marie hier soir. Il y avait tout un tas de bonne chose, je lui ai écris par la même occasion pour la remercier.

Et vous, chers Parents, j’espère que vous êtes toujours tous en bonne santé. J’attend de vos nouvelles de jours en jours. Il y a une dizaine de jours que je n’ai rien reçu. Je vous écrirai demain plus longuement car je crois qu’il y aura du nouveau. Pour le moment, on est encore au repos.

Embrasse pour moi Jeanne et Paul.

Dans l’attente de recevoir de vos nouvelles, recevez, chers parents, mei meilleurs baisers.

Votre fils,

Joannès »

10. janv., 2015
la suite en février......

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