Joseph DURET, brancardier au 30e RI

Introduction

Le 19 août 1914, Joseph DURET, brancardier dans la 11ème compagnie du 3ème bataillon du 30ème Régiment d'Infanterie est grièvement blessé lors de la contre offensive allemande en Alsace.

Joseph est né le 11 mai 1889 à Groisy dans la maison paternelle située au village de Fontaine-Vive. Son père, Ferdinand, est cultivateur, sa mère, Péronne, ménagère. Les aïeux de Joseph se sont installés à Fontaine-Vive, venant de Menthonnex en Bornes, à la fin du 16ème siècle pour y occuper la fonction, pendant plusieurs générations, de maréchal ferrant. Une branche de la famille, les Duret maréchal, occupe toujours les lieux.

naissance : http://archives.hautesavoie.fr/ark:/67033/a011483971668hDL3VS/1/894 

 

 

Le 30ème R I rejoint le front

Dès la mobilisation, le 30ème R I rejoint le front dans les vosges ; voici ce que dit l'historique du régiment  (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6261392x/f7.image) :

"Le Départ : Dès les premières heures de la mobilisation, le 3e R. I., dont deux Bataillons sont détachés (Rumilly-Thonon), se rassemble à Annecy. Le 2e Bataillon (Rumilly-Montmélian), qui exécute des manœuvres en montagne (IMaurienne) doit rentrer à marches forcées. La mobilisation s'exécute avec ordre et calme, les réservistes font preuve du plus grand enthousiasme et retrouvent avec plaisir gradés et camarades qu'ils ont connus dans l'active.

• Le 4 août, le Régiment est prêt. Le Colonel Dol rassemble les trois Bataillons (Borne, Collet, Lanusse) sur le Pâquier, au bord du lac, pour leur présenter le Drapeau.

Cette cérémonie, déjà si impressionnante d'ordinaire, l'est encore plus en ce jour, à la veille d'événements qui vont décider du sort de la France. Dans le cadre si riant et si joli du lac, sous ce radieux soleil d'été, elle gagne encore en beauté ; à la sonnerie de : « Au Drapeau ! », gradés et soldats, les yeux fixés sur l'emblème de la Patrie, font le serment intime de donner leur vie pour défendre ce sol sacré que l'Allemand veut nous ravir. Le Colonel passe sur le front des troupes, puis, superbe d'allure, au son des Allobroges, le Régiment défile, aux applaudissements de la foule enthousiasmée. Un regard de chacun en passant au Drapeau ! Ce sont les derniers adieux à leur petite patrie, à leur famille, des soldats qui, demain, seront prêts à vaincre ou à mourir. C'est la consécration du serment qu'ils viennent tous de faire, et qu'ils tiendront tous, officiers et soldats présents, comme le tiendront ceux qui leur succéderont au cours de la campagne, dans les rangs du 30e.

A partir du 5 août, le Régiment s'embarque en trois échelons, par Bataillon, et débarque le 6 et le 7 à Epinal.

Les Combats dans les Vosges (Août-Septembre 1914) : Du 7 au 10 août, c'est la période de concentration ; le 30e stationne dans la région de Charmois ; il y exécute quelques manœuvres destinées à donner la cohésion aux unités et à entraîner les réservistes. L'ordre de départ surprend les Bataillons en manœuvre et l'on part sans que les hommes aient mangé la soupe. Du 10 au 14 août, le Régiment exécute des marches très pénibles par Corcieux, le Col du Plafond, Combrimont ; puis, à partir du 15 août, conformément à la mission générale du 14e Corps, qui est de s'emparer des Cols des Vosges, les trois Bataillons seront engagés la plupart du temps isolément ou en liaison avec d'autres unités de la Division.

Le 1er Bataillon (Commandant Borne) est détaché — le 13 août — pour renforcer une division de réserve. Le 17, il prend part à la prise de Villé. Le 20 août, chargé d'occuper le Mont Saint-Jean, au nord-ouest de Fouday, et de tenir coûte que coûte, il y arrête l'attaque du 121e Régiment de réserve wuntembergeois, débouchant de la ligne Fraize Champ du Feu. Le 21, il y maintient encore cette unité et concourt, avec le 54e R. A. C., à arrêter et refouler la progression allemande vers la vallée de la Bruche, par Bellefosse, les Mauvais Champs et Wildersbach. Dans ce combat, le 1er Bataillon fait 20 prisonniers, qui sont les premiers de la Division. Le 22 août, le Bataillon Borne est enlevé en auto et engagé à Germaingoutte, pour coopérer à la prise du Col de Sainte-Marie, qui a été abandonné."

Voici ce qui est rapporté sur le site http://verdun-1916.chez-alice.fr/frameg/ri30_1914.html ; c'est l'histoire de Maximin Armanet, de Sainte Anne d'Estrablin, dans l'Isère, soldat au 30ème R I, qui fut blessé le même jour que Joseph Duret :

"Dès les premières heures de la mobilisation, le 30ème RI se rassemble à Annecy. Le 5 août, le régiment s'embarque et arrive le 6 et le 7 à Epinal. Le 15 août, les 2ème et 3ème bataillons reçoivent le baptême du feu à l'attaque de Sainte-Croix-au-Mines puis, les 17 et 18, par Bourg-Bruche et Rothau, les deux bataillons marchent en direction de Shirmeck...
Défendant avec énergie le terrain qui lui était confié, le 30ème RI perdra presque tous ses cadres de l'active et de la réserve présents le 4 août à Annecy."

Les opérations dans la Vallée de la Bruche du 14 au 21 août 1914 :

Le 14 août, au Donon, les Allemands, surpris par les français, s'enfuient, abandonnant leur matériel.

Le 14 août, le Colonel AUBRY attaque l'ennemi qui occupe le village de Plaine. A 6 h 25, l'attaque se déclenche. Le village de Plaine est en feu, son clocher détruit par l'artillerie française... L'ennemi en déroute s'enfuit dans la direction de Schirmeck (Historique du 109e RI)

Le 18 août, le 109e, le 17e et le 21e RI sont à Wisches. Les forces allemandes sont proches et dans l'après-midi, le fort de Mützig lache 291 salves de canon sur Urmatt.

Le 19 août, à l'aube, les forces allemandes supérieures en nombre contre-attaquent et forcent les Français à se regrouper sur la plateforme du Donon.

Au soir du 19 août, le 30e RI fait barrage à Rothau. De nombreux blessés sont amenés au poste de secours de Fouday et 129 blessés sont évacués à la gare de St-Blaise dans le hall de marchandises (JMO groupe de brancardiers 28e DI : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/e00527d674130c1d/527d6741406c9 ).

Rothau

Blessé à Rothau

C'est lors de cette contre offensive meurtrière que Joseph Duret est grièvement blessé, et c'est un miracle qu'il survécut. En effet, sa blessure est due à un obus entier qui n'a pas explosé et qui lui a arraché le bras gauche.

C'est là qu'il est évacué sur l'hôpital de Saint Dié ou il est amputé du bras gauche, 5 cm au dessous de l'épaule.

L'offensive allemande ne s'arrête pas là. Les 27, 28 et 29 août, Saint Dié est attaquée puis prise après de durs combats où s'illustrèrent notamment les chasseurs du 62ème BCA d'Albertville.

Concernant les combats de Saint Dié, voir le livre de Raoul Allier : "les Allemands à Saint-Dié, 27 août, 10 septembre 1914". lien suivant : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6518679m

Prisonnier

Au camp d'Hammelburg (fin 1914)

Le 29 août, Saint Dié est occupée par les Allemands. Les blessés qui n'avaient pas pu être évacués sont faits prisonniers. C'est le cas de Joseph Duret.

Il est emmené au camp de Hammelburg en Bavière. Là, il est de nouveau amputé du morceau de bras restant à 5 cm de l'épaule, la gangrène s'étant installée.

La tradition familiale dit que durant son arrestation, il aurait reçu un coup de baïonnette à la cuisse, mais aucun document ne corrobore ce fait.

Sa détention ne durera pas longtemps. Début 1915, il est rapatrié par la Croix-Rouge suisse comme grand blessé de guerre.

Le camp d'Hammelburg en Bavière.
Joseph (1er rang à gauche) avec quelques compagnons de captivité.

Rapatrié

Pendant longtemps, j'avais pensé que mon grand-père avait été rapatrié en France en tant que grand blessé. Toutefois, Comme Joseph était brancardier, il pouvait également tomber sous le coup de la convention de Genève concernant le personnel sanitaire des armées belligérantes.

Concernant cet épisode peu connu de la Grande Guerre, voir le site

http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/2014/01/la-suisse-et-le-rapatriement-des-%C2%AB-sanitaires-%C2%BB-1914-1918.html

d'où est tiré le texte suivant :

L’article 12 de Convention de Genève du 6 juillet 1906 pour l’amélioration du sort des blessés et malades dans les armées en campagne prévoyait que les personnes désignées par les articles 9, 10 et 11 de la convention, c’est-à-dire, le personnel exclusivement affecté à l’enlèvement, au transport et au traitement des blessés et des malades, les aumôniers et sous certaines conditions d’autres auxiliaires, y compris des neutres, ne pouvaient être traités comme prisonniers de guerre.

Ce texte qui déterminait clairement l’attitude à suivre à l’égard des « sanitaires » des pays belligérants tombés au pouvoir de leur ennemi ne fut pas systématiquement appliqué. Ces règles précisaient :

  • Que les « sanitaires » n’étaient pas des prisonniers ;
  • Qu’ils devaient poursuivre leurs soins sous la protection des belligérants ;
  • Que lorsqu’ils n’étaient pas ou plus indispensables, les « sanitaires » devaient être renvoyés à leur armée ou à leur pays.

Echangé...

La mise en ligne récente des archives de la Croix-Rouge concernant les prisonniers de guerre m'a permis de trouver la réponse : Joseph a été rapatrié en juillet 1915. La photo ci-contre, obtenue sur le site de la Croix-Rouge en apporte la preuve. Il a donc fait partie de ces 3224 prisonniers de guerre mutilés rapatriés ce mois-ci. Sur ce document, il est inscrit comme "mousquetaire" (?) (musk.), et on apprend qu'il a été transféré vers Constance le 5 juillet 1915 "pour être échangé" (zw.Aust.).

(http://grandeguerre.icrc.org/fr)

(http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=VING_086_0025)

 

Mon grand-père était peut-être de ceux-là....

cité et décoré

Sa conduite lors des combats de Rothau lui vaut plusieurs citations, la Croix de Guerre avec palme de bronze, la Médaille militaire (16 décembre 1915), la Croix du Combattant et, plus tard, la Légion d'Honneur.

Citation : "Très bon soldat plein de courage. Grièvement blessé le 19 août 1914. A dû subir l'amputation du bras gauche".

Légion d'honneur :

http://www.culture.gouv.fr/LH/LH101/PG/FRDAFAN84_O19800035v0026596.htm

Ci-dessous, le diaporama montre quelques documents familiaux. En ce qui concerne la Légion d'Honneur, il faut aller dans la base Leonore qui recense tous les légionnaires ; 8 documents le concernant y sont scanés.

de retour en France

l'attestation du Dr Veyrat en date du 15 août 1915.

Comme tous les autres soldats rapatriés, Joseph Duret est envoyé en convalescence à Lyon, à l'hôpital complémentaire n°16, lycée de jeunes filles, 6 place Edgard Quinet. Il y restera peu de temps. C'est alors qu'il fait sa demande pour devenir facteur des postes.

Le Dr Veyrat remplit l'attestation qui indique qu' "il n'est atteint d'aucune affection ou maladie le rendant impropre au service de la régie".

Nouvelle vie

En 1926...

Joseph se marie en 1918 après avoir été nommé facteur des postes à Samoëns. Sa femme, Marie Alphonsine Velluz est couturière à Thorens après avoir été, un temps, cuisinière au château de la famille de Sales. Le couple s'installe à Samoëns où naîtra, quelques mois plus tard leur premier enfant. En 1921 ou 22, nouvelle affectation à Naves, naissance de leur deuxième enfant. En 1923, Joseph est affecté au bureau de poste de Faverges. Le couple habite un temps rue Nicolas Blanc puis achète un terrain au Genevois et y batit sa maison d'habitation, toujours habitée par ses descendants.

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Commentaires

20.09 | 15:42

Bonjour,
C'est super Intéressant votre page.
je suis tombé dessus vraiment par hasard .
Il faudrait mettre les pages où vous recherchez.
Bonne journée

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20.09 | 15:43
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29.06 | 13:09
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